Un bâtiment chargé d’histoire
Le National Museum of Immigration occupe le bâtiment principal d’Ellis Island, cette imposante structure de briques rouges inaugurée en 1900 après l’incendie qui avait détruit le bâtiment d’origine trois ans plus tôt. Conçu par les architectes Edward Lippincott Tilton et William Alciphron Boring dans le style Beaux-Arts, l’édifice avait été pensé pour traiter jusqu’à 5 000 immigrants par jour. Ses quatre tours d’angle coiffées de dômes en cuivre, sa façade symétrique et ses larges baies vitrées lui confèrent une allure à la fois monumentale et fonctionnelle.
Lorsque le gouvernement fédéral ferma Ellis Island en 1954, le bâtiment fut abandonné pendant plus de trente ans. Les toitures s’effondraient, les murs se fissuraient, la végétation envahissait les couloirs. C’est grâce à une campagne de restauration sans précédent, lancée en 1982 sous l’impulsion de Lee Iacocca et financée par plus de 700 millions de dollars de dons privés, que le bâtiment fut sauvé de la ruine. Les architectes du cabinet Beyer Blinder Belle menèrent les travaux avec un souci remarquable de fidélité historique, restaurant les éléments d’origine tout en intégrant les équipements muséographiques modernes.
Le 10 septembre 1990, le musée ouvrit ses portes au public. Depuis, il accueille environ 2 millions de visiteurs par an, ce qui en fait l’un des musées les plus fréquentés de la région new-yorkaise.
La Grande Salle : le coeur du musée
La pièce maîtresse du musée est sans conteste la Grande Salle (Registry Room), située au deuxième étage. C’est dans cette immense salle de 56 mètres de long sur 31 mètres de large que des millions d’immigrants ont attendu, le coeur battant, le verdict des inspecteurs. Pendant les années de pointe, jusqu’à 5 000 personnes pouvaient s’y trouver simultanément, assises sur de longs bancs de bois divisés en files par des barrières métalliques.
La restauration de la Grande Salle a permis de redonner tout son éclat à son élément architectural le plus remarquable : le plafond voûté en carreaux de Guastavino. Ces carreaux de terre cuite autoportants, posés selon une technique catalane perfectionnée par l’architecte espagnol Rafael Guastavino, forment une mosaïque de 28 832 carreaux aux teintes crèmes et ocres. Installés en 1918 pour remplacer le plafond d’origine endommagé par une explosion, ils n’ont nécessité que très peu de restauration tant leur qualité de fabrication était exceptionnelle.
Aujourd’hui, la Grande Salle est présentée dans un état proche de celui des années 1918-1924, la période de plus grande affluence. Les grands lustres en fer forgé ont été restaurés, les fenêtres en arcade laissent entrer la lumière naturelle, et une exposition photographique permet de comparer l’aspect actuel de la salle avec les clichés historiques montrant la foule des immigrants.
Les expositions permanentes
Le musée propose un parcours de visite réparti sur trois niveaux, organisé de manière chronologique et thématique. L’ensemble offre une immersion profonde dans l’expérience de l’immigration américaine.
Premier étage : le voyage et l’arrivée
Le parcours débute au rez-de-chaussée avec l’exposition “Peopling of America”, qui retrace l’histoire de l’immigration aux États-Unis depuis les premiers colons jusqu’à nos jours. Des cartes interactives montrent les grandes vagues migratoires et leurs origines géographiques. On y découvre les raisons qui poussaient des millions de personnes à quitter leur pays : famines, guerres, persécutions religieuses, crises économiques.
La section consacrée au voyage transatlantique est particulièrement saisissante. Des maquettes de navires, des photographies d’entrepont et des objets personnels - valises, vêtements, ustensiles de cuisine - racontent les conditions éprouvantes de la traversée. Les passagers de troisième classe, entassés dans des dortoirs situés sous la ligne de flottaison, enduraient deux à trois semaines de mer, souvent dans des conditions d’hygiène déplorables.
Deuxième étage : la Grande Salle et le processus d’inspection
Au deuxième étage, après la découverte de la Grande Salle elle-même, le visiteur parcourt les salles consacrées au processus d’inspection. Des reconstitutions grandeur nature montrent les différentes étapes que traversaient les immigrants : l’examen médical avec les instruments d’époque, la salle d’interrogatoire avec ses pupitres et ses interprètes, les salles d’audience de la commission d’enquête spéciale.
L’exposition “Through America’s Gate” présente des cas individuels, avec les documents d’origine - fiches d’inspection, formulaires d’admission, lettres de rejet. Le visiteur comprend ainsi concrètement comment les décisions étaient prises, parfois en quelques minutes, pour des personnes qui avaient tout sacrifié pour venir.
Les salles de détention sont également accessibles. On y voit les lits superposés en métal, les grilles aux fenêtres, et les inscriptions gravées dans les murs par des immigrants en attente de leur sort. Ces témoignages muets sont parmi les éléments les plus émouvants du musée.
Troisième étage : trésors et témoignages
Le troisième étage abrite l’exposition “Treasures from Home”, une collection d’environ 2 000 objets personnels donnés par des familles d’immigrants ou leurs descendants. Chaque objet raconte une histoire : une Bible familiale en yiddish, un samovar russe, une poupée de chiffon italienne, des outils d’artisan polonais, un chapelet irlandais. Ces objets, souvent les seuls biens que les immigrants avaient pu emporter, témoignent de ce qu’ils considéraient comme le plus précieux.
On y trouve aussi la collection de photographies d’Augustus Sherman, greffier en chef d’Ellis Island de 1892 à 1925, qui photographiait les immigrants en costume traditionnel. Ses portraits, d’une qualité esthétique remarquable, constituent un document ethnographique inestimable sur la diversité des peuples qui ont transité par l’île.
Le mur d’honneur des immigrants
À l’extérieur du bâtiment principal, le long du front de mer, se dresse l’American Immigrant Wall of Honor. Ce mur semi-circulaire en acier inoxydable porte les noms de plus de 775 000 immigrants dont les familles ont fait un don à la fondation pour y inscrire le nom de leur ancêtre. C’est le plus grand mur de noms au monde. On y trouve des personnalités célèbres comme les ancêtres des présidents John F. Kennedy et George Washington, mais surtout des millions de personnes ordinaires dont la mémoire est ainsi préservée.
Toute famille peut faire inscrire le nom d’un ancêtre immigrant sur le mur, qu’il soit passé ou non par Ellis Island, moyennant un don à la Statue of Liberty-Ellis Island Foundation. Les noms sont consultables en ligne et sur des bornes interactives situées près du mur.
Le Family History Center
Le Family History Center, situé au rez-de-chaussée du bâtiment principal, est une ressource incontournable pour quiconque souhaite retrouver la trace d’un ancêtre passé par Ellis Island. Des postes informatiques permettent d’accéder gratuitement à la base de données de la fondation, qui contient les informations de plus de 65 millions de passagers arrivés au port de New York entre 1820 et 1957.
Des bénévoles et des spécialistes en généalogie sont présents pour aider les visiteurs dans leurs recherches. Ils peuvent expliquer comment interpréter les manifestes de navires, comment gérer les variantes orthographiques des noms et comment poursuivre les recherches au-delà des registres d’Ellis Island. Pour un guide détaillé sur l’utilisation de ces ressources, consultez notre article sur la recherche de passagers d’Ellis Island.
Les bâtiments du côté sud : un patrimoine en attente
Le complexe d’Ellis Island ne se limite pas au bâtiment principal. Le côté sud de l’île, qui comprend l’ancien hôpital, la salle d’autopsie, les pavillons de quarantaine et les bâtiments de détention, a fait l’objet d’une stabilisation structurelle en 2014 grâce à un financement de 6 millions de dollars. Ces bâtiments, accessibles lors de visites guidées spéciales organisées par le programme “Hard Hat Tour” de la fondation Save Ellis Island, offrent une expérience saisissante : les murs peints s’écaillent, les lits rouillés sont encore en place, la végétation pousse à travers les fenêtres brisées.
Ce contraste entre la partie restaurée et la partie en ruine donne une idée frappante de l’ampleur du travail accompli sur le bâtiment principal et de ce qui reste à faire. Des projets de restauration progressive sont à l’étude, mais les coûts estimés se chiffrent en centaines de millions de dollars.
Informations pratiques
Le musée est accessible gratuitement avec le billet du ferry qui dessert Ellis Island et Liberty Island. Les ferries partent de Battery Park à Manhattan et de Liberty State Park dans le New Jersey. Il est vivement conseillé de réserver ses billets à l’avance, surtout pendant la haute saison touristique (mai à septembre), car le nombre de places est limité.
Prévoyez au minimum deux à trois heures pour visiter le musée de manière approfondie. Un audioguide gratuit est disponible en plusieurs langues, dont le français. Pour optimiser votre visite, consultez notre guide des parcours recommandés qui vous aidera à organiser votre journée entre la Statue de la Liberté et Ellis Island.